Il y a cent ans… la Grande Guerre

Ce projet de lecture interdisciplinaire échafaudé par deux bibliothécaires de la CSVDC, Marc Campeau et Olivier Ménard, vise essentiellement à faire vivre à des élèves (autant les garçons que les filles) du troisième cycle du primaire une série d’activités pédagogiques en lien avec la Première Guerre mondiale, un conflit d’une proportion inégalée avec de multiples ramifications et impacts qui modèlent encore aujourd’hui notre quotidien. Le projet cible avant tout les élèves qui n’aiment pas la lecture.

Séquence des activités d’animation dans les classes avec les bibliothécaires

image 3Pour une première incursion dans les classes, les bibliothécaires ont concocté une lecture interactive de l’album 14-18 : Une minute de silence à nos arrière-grands-pères courageux de l’auteur Thierry Dedieu. L’objectif de cette activité est de montrer aux élèves, grâce à la construction très particulière de cette œuvre presque sans texte, certaines des réalités vécues par les soldats pendant la Première Guerre mondiale. Les élèves peuvent, à cette occasion, discuter et échanger à propos des impacts de l’utilisation des obus ou des gaz chimiques sur les êtres humains, des conditions de vie déplorables des combattants dans les tranchées ou de l’état de dévastation causé par ces combats terribles. Cette pratique permet aux bibliothécaires et aux enseignants de vérifier, chez les élèves, certaines compétences essentielles inscrites dans le Programme de formation à l’école québécoise (exprimer son jugement critique, construire son opinion, exploiter l’information, apprécier des œuvres littéraires, communiquer oralement).

image2La deuxième activité consiste en un jeu questionnaire interactif (avec des manettes et une console de style Génies en herbe) pour faire découvrir aux élèves une kyrielle d’éléments en lien avec la Première Guerre mondiale. Les bibliothécaires ont surtout insisté, pour les besoins de cette activité, sur le vocabulaire spécifique relatif à la Grande Guerre, sur les principales innovations découlant de ce conflit mondial, sur les principaux pays belligérants, sur le rôle des animaux dans les armées et enfin, sur certains faits dignes d’intérêts (mais trop souvent méconnus). Cette activité cherche à faire la promotion de dizaines de livres documentaires qui ont servi à l’élaboration du questionnaire. Ces ressources sont présentées aux élèves en fin de période et laissées en consultation dans les classes pour quelques semaines. Les bibliothécaires mettent surtout l’accent sur les compétences et les repères culturels liés à la science et à la technologie – l’histoire et les impacts de la science et la technologie sur notre façon de vivre aujourd’hui – et sur la compétence transversale «Coopérer» qui est également au cœur du déroulement de l’activité en raison du mode de fonctionnement par équipe.

La troisième activité se déroule sous le thème des fraternisations de Noël 1914. Pour ce faire, les bibliothécaires lancent un défi aux élèves afin de leur faire découvrir, à partir de divers indices les incitant à tisser des liens et à exploiter l’information, le sujet même de l’activité. Les élèves sont appelés à préparer une carte conceptuelle. Dans un premier temps, ils doivent écouter la pièce musicale Stille Nacht (en allemand) tirée de la bande sonore du film Joyeux Noël de Christian Carion. Par la suite, ils doivent mettre en relation une séquence d’une dizaine Image4d’illustrations provenant de ces moments de fraternisation où les soldats jouaient au soccer, partageaient du chocolat, du vin ou autres victuailles. Pour la troisième étape, les élèves sont invités à lire deux lettres de soldat français qui témoignaient, chacune à leur façon, de cette étonnante rencontre improvisée des deux armées ennemies sur le champ de bataille (les élèves doivent finalement, comme le mentionne le PFÉQ, lire des textes variés). L’activité se termine par le visionnement d’un extrait déterminant du film Joyeux Noël, qui montre les soldats entonner tous ensemble des chants traditionnels de Noël sur le No Man’s Land. Les bibliothécaires profite de cette occasion pour présenter deux œuvres incontournables de la littérature jeunesse sur ces événements marqués par un élan extraordinaire de solidarité et de fraternité (La trêve de Noël de Michael Morpurgo et Les soldats qui ne voulaient plus se faire la guerre d’Éric Simard). Pendant cette activité, les bibliothécaires insistent sur les compétences liées au jugement critique et à l’univers social : favoriser l’ouverture sur le monde et construire sa conscience sociale pour agir en citoyen responsable et éclairé.

La quatrième activité vise à faire connaître une série de créations artistiques canadiennes inspirées par la Première Guerre mondiale (diffusées sur le site du Musée canadien de la guerre, dans la section Art officiel de la page «Le Canada et la Première Guerre mondiale»). image1Cette période est consacrée au développement de la culture artistique des élèves et de la compétence «Apprécier des œuvres d’art, des objets culturels du patrimoine artistique, des images médiatiques, ses réalisations et celles de ses camarades». Lors de l’activité, les élèves sont invités à observer attentivement une quarantaine de peintures représentant diverses réalités de la Première Guerre mondiale. Ils doivent, par la suite, associer les titres et les descriptions des œuvres aux peintures appropriées. À la fin de la période, les élèves complètent un petit formulaire d’appréciation pour faire ressortir les nouvelles connaissances acquises à propos du contexte historique illustré dans les œuvres d’art.  Ils doivent aussi faire part de leurs émotions à la vue des toiles et établir des liens entre les différentes peintures (en utilisant le vocabulaire propre à la discipline tel que stipulé dans la PFÉQ).

Impacts et conclusions du projet multidisciplinaire

Le projet de lecture interdisciplinaire des bibliothécaires vise surtout à donner aux élèves une occasion de découvrir un pan important de l’histoire du 20e siècle et de voir tout le potentiel de la littérature jeunesse. En effet, les livres, lorsqu’ils sont soigneusement sélectionnés, procurent aux élèves une connaissance du monde (historique, géographique, politique, économique et culturel) essentielle pour devenir un citoyen averti et responsable.  De plus, ils permettent de peaufiner la pensée des élèves, d’élargir leur vision du monde, de stimuler leur curiosité, de découvrir la littérature nationale et internationale, de développer leurs compétences transversales (comme exploiter l’information, exercer son jugement critique, mettre en œuvre sa pensée créatrice, apprécier les œuvres littéraires, structurer son identité), etc. Toutes ces compétences sont inscrites dans le Programme de formation de l’école québécoise (PFÉQ). L’utilisation d’œuvres variées (documentaires, albums, romans, bandes dessinées, revues, lettres, illustrations, films, journaux intimes, etc.) dans le cadre de ce projet illustre toute la richesse d’une bibliothèque judicieusement développée pour servir adéquatement les besoins pédagogiques des enseignants et pour faire face aux les exigences d’un apprentissage différencié chez les élèves. Le projet montre aussi aux élèves toute l’importance de la lecture dans toutes les matières, en vertu des liens établis avec la science et la technologie, les arts ou l’univers social. Au final, il s’agit d’un projet développé pour stimuler la lecture chez les élèves (et faire de la lecture une habitude bien ancrée dans leur vie quotidienne).

En terminant, voici une appréciation globale de l’ensemble des activités vécues dans le cadre du projet, livrée par l’enseignante Amélie Rivard.

Une enseignante convaincue parle du projet Il y a cent ans… la Grande Guerre

«Cette année, mes élèves et moi avons eu la chance de vivre plusieurs animations de lecture ayant pour thème la Première Guerre mondiale. Durant ces ateliers d’une heure, les bibliothécaires exploitent la littérature jeunesse afin de faire découvrir aux élèves les différentes facettes de cette période historique.

En plus d’utiliser une approche pédagogique, les bibliothécaires ont su susciter l’intérêt chez mes élèves pour la littérature  de façon dynamique et stimulante dans le cadre de ce projet. Depuis le début de l’année, ces experts de la lecture sont venus en classe pour d’autres projets et ont à tout coup réussi à charmer mes élèves! Il est important de noter qu’ils ont particulièrement touché les garçons et nous savons qu’à l’heure actuelle, il s’agit d’un réel défi et besoin en éducation. Marc Campeau et Olivier Ménard sont des modèles masculins significatifs et positifs. Comme nous le savons, les intervenants masculins sont en nombre insuffisant dans le monde de l’éducation.

Suite à ce projet sur la Première Guerre mondiale, je remarque qu’un plus grand nombre d’élèves emprunte des documentaires lors de nos visites à la bibliothèque. Aussi, les élèves intègrent davantage les livres comme stratégie de recherche dans le cadre de leurs projets en classe. Évidemment, les garçons me demandent plus souvent des suggestions de romans et il n’est pas rare qu’ils me demandent s’ils peuvent lire lorsqu’ils ont terminé un travail.  Bref, garçons comme filles démontrent un intérêt grandissant pour la lecture.

En ce qui concerne leur intérêt pour les événements liés à la guerre, ils me posaient beaucoup de questions suite aux visites des bibliothécaires. Comme ces derniers poussent la matière plus loin que le programme de 6e année l’exige, les élèves étaient facilement captivés et curieux d’en découvrir davantage. De plus, les élèves s’interrogent fréquemment sur les autres guerres du passé comme du présent. Il n’est pas rare qu’ils se dirigent vers la carte du monde afin de situer un ou plusieurs pays en conflit. Ils étaient impatients d’amorcer la nouvelle matière sur la Deuxième Guerre mondiale dans le cadre du cours d’histoire. En tant qu’enseignante, les bibliothécaires m’ont aussi permis de découvrir de nouvelles approches pédagogiques pour l’enseignement des autres matières et surtout, m’ont permis de découvrir que je pouvais exploiter la littérature jeunesse dans des contextes différents que l’enseignement de la langue française.

En conclusion, c’est toujours une bonne nouvelle et une source de motivation pour les élèves lorsque je leur annonce que nous recevons la visite des super-héros de la lecture!» (Texte provenant de l’enseignante Amélie Rivard, participante au projet sur la Première Guerre mondiale avec les bibliothécaires de la CSVDC en 2014-2015)

*Pour une liste des œuvres utilisées dans ce projet, cliquez ici.

**Pour un aperçu du réseau de livres organisé par les bibliothécaires sur cette thématique, cliquez ici.

***Pour avoir une idée des différentes activités dans une vidéo de 4 minutes, cliquez ici.